Par Julie Aguinalin — Consultante en marchés publics | Mis à jour en juin 2026
L’analyse des offres est une étape déterminante dans la procédure de passation d’un marché public.
Elle permet à l’acheteur public de sélectionner l’offre économiquement la plus avantageuse, sur la base de critères définis en amont et portés à la connaissance des candidats.
Une analyse mal conduite peut fragiliser la procédure et exposer l’acheteur à un risque de contestation.
Sur le terrain, j'ai vu des procédures solides sur le fond être fragilisées uniquement parce que la grille d'analyse n'était pas suffisamment documentée. Ce n'est pas toujours une erreur de fond - c'est souvent un défaut de traçabilité.
👉Dans cet article, je vous propose un tour complet des étapes essentielles d'une analyse des offres sécurisée - les points de vigilance et les réflexes à avoir.
Les critères de sélection des offres : un préalable indispensable
Conformément à l'article R.2152-7 du Code de la commande publique, l'acheteur public attribue le marché sur la base de l'offre économiquement la plus avantageuse.
Jusqu'au 20 août 2026, cette appréciation peut reposer :
- soit sur un critère unique, qui peut être :
- le prix, uniquement lorsque le marché porte sur des services ou fournitures standardisés dont la qualité est insusceptible de variation d'un opérateur à l'autre ;
- le coût, selon une approche globale pouvant reposer sur le coût du cycle de vie - sans cette restriction liée à la standardisation ;
- soit sur une pluralité de critères non discriminatoires, liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figurent obligatoirement le prix ou le coût, complétés par des critères qualitatifs, environnementaux ou sociaux.
👉 En pratique, le recours à plusieurs critères permet une analyse plus fine des offres et sécurise la procédure, en tenant compte de la qualité des prestations et des conditions d’exécution du marché.
À compter du 21 août 2026, une nouvelle version de l'article R.2152-7 entre en vigueur, issue du décret n°2022-767 du 2 mai 2022.
Elle s'appliquera à toutes les consultations engagées ou avis d'appel à la concurrence publiés à partir de cette date.
Les changements sont significatifs :
- Le critère unique prix disparaît. Il n'est plus possible de fonder l'attribution sur le seul prix, quelle que soit la nature du marché. Seul le critère unique du coût est maintenu - à condition qu'il soit déterminé selon une approche globale intégrant le coût du cycle de vie et qu'il prenne en compte les caractéristiques environnementales de l'offre.
- Le critère environnemental devient obligatoire. En cas de pluralité de critères, au moins l'un d'entre eux doit désormais prendre en compte les caractéristiques environnementales de l'offre. Ce n'est plus une option ou une bonne pratique : c'est une exigence légale.
- La structure de l'article est simplifiée : les critères qualitatifs et sociaux restent possibles, mais s'articulent autour de cette nouvelle obligation environnementale.
👉 Cette réforme consacre ce que la doctrine et les juridictions recommandaient depuis plusieurs années : l'acheteur public ne peut plus s'abriter derrière le seul critère prix. La dimension environnementale s'impose désormais dans toute procédure d'attribution.
Le choix des critères relève de la liberté de l’acheteur.
Ils doivent être suffisamment objectifs, précis et non discriminatoires afin de garantir une procédure transparente et une égalité de traitement pour tous les candidats.
Les candidats doivent connaître à l’avance :
-
les critères et sous-critères retenus,
-
leur pondération ou hiérarchisation,
-
ainsi que les éléments attendus pour l’analyse.
C'est un point que je vérifie systématiquement avant le lancement d'une consultation : si les critères ne sont pas suffisamment explicites dans le DCE, l'acheteur s'expose à des contestations évitables.
Les étapes essentielles pour un analyse des offres sécurisée
Vérifier la recevabilité des offres
Avant tout classement, l’acheteur doit s’assurer de la recevabilité des offres.
Pour être analysée, une offre ne doit pas être :
-
irrégulière,
-
inacceptable,
-
inappropriée,
-
ou anormalement basse
Identifier les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées
L'offre irrégulière
Une offre qui ne respecte pas les exigences du dossier de consultation — parce qu'elle est incomplète ou qu'elle méconnaît la législation applicable, notamment en matière sociale et environnementale.
L'offre inacceptable
Une offre dont le prix excède les crédits budgétaires alloués au marché, tels qu'ils ont été déterminés avant le lancement de la procédure.
L'offre inappropriée
Une offre sans rapport avec le marché, qui n'est manifestement pas en mesure de répondre au besoin de l'acheteur sans modification substantielle.
L'offre anormalement basse
Une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché.
Le traitement des offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées
- En appel d’offres ou en procédure adaptée sans négociation
En principe, les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées sont éliminées. À la différence des offres inacceptables ou inappropriées, les offres irrégulières peuvent toutefois être régularisées dans un délai approprié, à condition qu’elles ne soient pas anormalement basses. La régularisation n’est qu’une simple faculté offerte à l’acheteur.
- Pour les autres procédures
Seules les offres inappropriées sont éliminées.
Les offres irrégulières ou inacceptables, sous réserve qu’elles ne soient pas anormalement basses, peuvent faire l’objet de négociations. Elles pourront devenir régulières ou acceptables à cette occasion. À l’issue des négociations, si certaines offres demeurent irrégulières, il est possible de les régulariser, dans les mêmes conditions qu’en appel d’offres.
Le classement des offres
Conformément à l’article R. 2152-6 du code de la commande publique :
« Les offres régulières, acceptables et appropriées sont classées par ordre décroissant en appliquant les critères d’attribution ».
Pour sélectionner les offres, il faut les analyser puis les classer selon les modalités et critères préalablement choisis et portés à la connaissance des candidats.
En pratique, c'est souvent à cette étape que les erreurs de traçabilité se révèlent - une note non justifiée, un sous-critère mal pondéré. Documenter chaque étape du classement, c'est se protéger.
La demande de précisions : un outil à manier avec vigilance
La demande de précisions si certains éléments de l'offre sont peu clairs ou incertains.
L’acheteur a la possibilité de demander aux candidats de préciser la teneur de leur offre.
Une attention particulière doit être portée sur cette demande de précision qui ne doit pas se confondre pas avec la demande de régularisation.
La demande de précision est une demande d’éclaircissement d’une offre qui présente certaines incohérences ou ambiguïtés, sans que ces dernières ne la rendent pour autant irrégulière.
Les précisions apportées doivent permettre à l'acheteur de comparer les offres, dans le respect de l’égalité de traitement des candidats et sans affecter le jeu de la concurrence.
Ce que je constate régulièrement : la demande de précisions est soit trop utilisée — ce qui crée un risque d'inégalité de traitement - soit pas du tout, alors qu'elle aurait permis de sauver une offre techniquement intéressante. Trouver le bon équilibre, c'est une question de méthode et d'habitude.
Exemple DAJ
Une demande de précision peut notamment avoir pour objet d’obtenir, de la part d’un soumissionnaire, des précisions sur la description qualitative et/ou quantitative du processus qu’il prévoit de mettre en œuvre pour réaliser la prestation, sur la décomposition d’un prix global et forfaitaire ou sur la teneur et la qualité de certains matériaux utilisés pour réaliser la prestation, afin notamment de mieux mesurer la qualité ou la crédibilité de l’offre.
Focus sur la méthode de notation
Il existe deux méthodes de notations : la pondération et la hiérarchisation.
La méthode de la pondération est obligatoire pour les marchés passés selon une procédure formalisée et fortement recommandée pour les marchés passés selon une procédure adaptée.
Cette méthode affecte chacun des critères d’un coefficient chiffré ce qui permet une analyse affinée et un choix facilité.
Exemple de pondération - critères de jugement des offres :
- Prix (pondération : 40%)
- Valeur technique de l’offre (pondération : 60%)
Questions fréquentes — Analyse des offres en marchés publics
Sur quels critères l'acheteur public analyse-t-il les offres ?
L'acheteur attribue le marché sur la base de l'offre économiquement la plus avantageuse, conformément à l'article R.2152-7 du code de la commande publique. Il peut retenir un critère unique pour des prestations standardisées, ou plusieurs critères combinant prix, qualité technique, critères environnementaux ou sociaux. Les critères, leur pondération et les éléments attendus doivent être communiqués aux candidats avant le dépôt des offres.
Qu'est-ce qu'une offre irrégulière, inacceptable ou inappropriée ?
Une offre irrégulière ne respecte pas les exigences du dossier de consultation ou méconnaît la législation applicable. Une offre inacceptable dépasse les crédits budgétaires définis avant le lancement de la procédure. Une offre inappropriée est sans rapport avec le marché et ne peut pas répondre au besoin de l'acheteur sans modification substantielle. Ces trois catégories font l'objet d'un traitement différencié selon la procédure.
Une offre irrégulière peut-elle être régularisée ?
Oui, mais uniquement dans certaines conditions. En appel d'offres ou en procédure adaptée sans négociation, l'acheteur peut autoriser la régularisation dans un délai approprié, à condition que l'offre ne soit pas anormalement basse. C'est une faculté, pas une obligation. Dans les procédures avec négociation, les offres irrégulières peuvent évoluer au cours des échanges.
Quelle est la différence entre demande de précisions et demande de régularisation ?
La demande de précisions vise à clarifier des ambiguïtés dans une offre qui reste recevable. Elle ne doit pas permettre à un candidat de modifier substantiellement son offre ni avantager un candidat par rapport aux autres. La demande de régularisation porte sur des offres formellement irrégulières. Confondre les deux expose l'acheteur à un risque d'inégalité de traitement.
Qu'est-ce qu'une offre anormalement basse ?
C'est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et susceptible de compromettre la bonne exécution du marché. L'acheteur doit demander des explications au candidat avant de l'éliminer — il ne peut pas rejeter une offre anormalement basse sans avoir respecté cette procédure contradictoire.
💡 Mon regard terrain
L'analyse des offres est l'étape où se joue vraiment la qualité d'une procédure. Une grille bien construite, des critères cohérents avec le besoin, une traçabilité rigoureuse — c'est ce qui permet de défendre ses choix en cas de contestation.
Ce que j'observe souvent : les acheteurs maîtrisent le fond, mais sous-estiment l'importance de la forme dans la documentation de l'analyse. C'est pourtant là que se gagnent ou se perdent les recours.
Julie Aguinalin — experte en marchés publics depuis 2016, issue du terrain acheteur.
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