Par Julie Aguinalin — Consultante en marchés publics | Mis à jour en janvier 2026
La définition du besoin, c'est l'étape que les acheteurs ont tendance à vouloir expédier - et c'est souvent là que tout se complique.
Une analyse insuffisante ou imprécise en amont peut fragiliser la procédure, générer des offres inadaptées et compliquer l’exécution du marché.
Conformément à l’article L2111-1 du Code de la commande publique, l’acheteur doit déterminer avec précision la nature et l’étendue de ses besoins avant le lancement de la consultation.
Depuis les évolutions réglementaires récentes, cette obligation est renforcée, en particulier sur les dimensions environnementales et énergétiques.
👉 Dans cet article, je reviens sur les principes clés, les évolutions applicables à compter de 2026 et les bonnes pratiques pour sécuriser votre définition du besoin.
Définir le besoin en marché public : un enjeu juridique et opérationnel
En pratique, une mauvaise définition du besoin peut entraîner :
-
une publicité inadaptée,
-
une mauvaise appréciation des seuils,
-
des offres non comparables,
-
des ajustements en cours d’exécution.
À l’inverse, une définition rigoureuse du besoin permet :
- une estimation fiable du montant du marché,
-
un choix sécurisé de la procédure,
-
une meilleure qualité des offres,
-
une exécution plus fluide du contrat.
Le cadre juridique de la définition du besoin (mise à jour 2026)
Une obligation générale renforcée (article L2111-1)
La nature et l’étendue des besoins doivent être déterminées avec précision avant toute consultation, en prenant en compte des objectifs de développement durable dans leurs dimensions économique, sociale et environnementale.
Depuis l’ordonnance du 14 octobre 2025, les marchés dont la valeur estimée est égale ou supérieure aux seuils européens doivent en outre intégrer, dès la définition du besoin, des exigences relatives à :
-
l’efficacité énergétique,
-
la sobriété énergétique.
👉 En pratique, ces exigences doivent être anticipées dès le CCTP et la structuration du marché.
La traçabilité des choix opérés (article L2111-2)
À compter du 21 août 2026, les acheteurs doivent être en mesure de tracer les arbitrages réalisés entre les trois piliers du développement durable lors de la définition du besoin.
Cette traçabilité peut s’appuyer sur des outils internes, tels que :
-
une fiche d’expression des besoins,
-
des grilles d’analyse amont,
-
ou les outils méthodologiques proposés par la DAJ.
👉 Cette démarche vise à sécuriser la procédure en cas de contrôle ou de contentieux.
La fiche d’expression des besoins : un outil structurant
La fiche d’expression des besoins permet de formaliser le besoin de manière claire, partagée et exploitable par l’ensemble des acteurs impliqués dans l’achat public.
Elle permet notamment d’identifier :
-
le besoin exprimé par le service prescripteur,
-
le contexte d’exécution du marché,
-
les contraintes techniques, budgétaires et calendaires,
-
les objectifs environnementaux et sociaux identifiés dès l’amont.
👉 Cet outil facilite le dialogue interne et constitue un socle solide pour la rédaction des pièces du marché.
Ce que je constate régulièrement : la fiche d'expression des besoins est soit inexistante, soit remplie à la va-vite par le service prescripteur sans dialogue avec l'acheteur. C'est pourtant ce document qui conditionne la qualité de tout ce qui suit - le CCTP, les critères, les seuils.
Prendre le temps de le construire ensemble, c'est éviter des allers-retours coûteux en cours de procédure.
Le sourcing : ajuster le besoin à la réalité du marché
Conformément à l’article R2111-1 du Code de la commande publique, l’acheteur peut, en amont, effectuer des consultations ou des études de marché afin de mieux appréhender l’offre disponible.
Le sourcing permet notamment de :
-
mieux connaître la structure du secteur concerné,
-
comprendre les pratiques des opérateurs économiques,
-
ajuster les exigences techniques et environnementales,
-
sécuriser l’estimation financière du marché.
👉 Mené dans le respect des principes de liberté d’accès, d’égalité de traitement et de transparence, le sourcing constitue un outil précieux, notamment pour intégrer les nouvelles obligations environnementales sans restreindre la concurrence.
Définir des spécifications techniques adaptées
Les besoins sont définis au moyen de spécifications techniques, qui ont pour objet de décrire les prestations attendues.
Ces spécifications peuvent faire référence :
- aux caractéristiques d’un produit, d’un service ou d’un ouvrage,
-
à des performances ou exigences fonctionnelles,
-
à un processus ou à un élément du cycle de vie,
-
ou à une combinaison de ces approches.
Depuis les évolutions récentes, les spécifications techniques constituent un levier central pour intégrer :
- la performance énergétique,
-
la durabilité des prestations,
-
la réduction des impacts environnementaux.
La question du prix et de la forme du marché
La définition du besoin permet également de déterminer la forme du prix :
-
prix unitaires,
-
prix forfaitaires,
-
ou combinaison des deux.
Le prix peut être ferme ou révisable.
Dans un contexte économique marqué par des variations de coûts, ce choix doit être apprécié au regard de la nature des prestations et des risques
identifiés dès l’amont.
👉 Une réflexion insuffisante à ce stade peut fragiliser l’équilibre économique du marché.
En accompagnant des acheteurs publics, je vois régulièrement des marchés à prix ferme sur des prestations qui auraient mérité une clause de révision - ou l'inverse. Ce choix se fait souvent par habitude, sans analyse du contexte économique réel.
C'est un point que je vérifie systématiquement en amont.
Intégrer les objectifs de développement durable dès la définition du besoin
Dimension environnementale
À compter du 21 août 2026, tous les marchés publics devront intégrer :
- au moins une clause d’exécution environnementale,
-
et au moins un critère d’attribution environnemental.
Ces exigences doivent être anticipées dès la définition du besoin afin d’assurer leur cohérence avec l’objet du marché et les prestations attendues.
Dimension sociale (marchés ≥ seuils européens)
Les marchés publics dont le montant est supérieur aux seuils européens devront également intégrer des conditions d’exécution à caractère social, sauf dérogation dûment justifiée.
👉 L’intégration de ces exigences dès l’amont permet d’éviter des ajustements tardifs et de sécuriser la procédure.
Lorsque le besoin est difficile à définir
En cas d’incertitude sur la nature ou l’étendue du besoin, plusieurs outils peuvent être mobilisés :
-
accords-cadres,
-
prestations supplémentaires éventuelles (PSE),
-
variantes,
-
allotissement.
Ces mécanismes doivent toutefois être anticipés et encadrés dès la définition du besoin, afin de garantir la transparence de la procédure et la comparabilité des offres.
Allotir son marché public
Le principe
- L’allotissement est la décomposition d’un marché en plusieurs lots. Chaque lot est une unité autonome attribué séparément.
- 1 lot = 1 marché
Une obligation
- « Les marchés sont passés en lots séparés sauf si leur objet ne permet pas l’identification de prestations distinctes. A cette fin, l’acheteur détermine le nombre, la taille et l’objet des lots ».
FAQ — Définition du besoin en marchés publics
Pourquoi la définition du besoin est-elle une étape clé en marché public ?
Une définition imprécise ou expédiée génère des offres inadaptées, des ajustements coûteux en cours d'exécution et des risques juridiques sur la procédure. À l'inverse, une définition rigoureuse permet une estimation fiable du montant, un choix sécurisé de la procédure et une meilleure qualité des offres reçues. C'est l'étape qui conditionne la réussite de tout ce qui suit.
Quelles sont les obligations juridiques de l'acheteur pour définir son besoin ?
Conformément à l'article L2111-1 du Code de la commande publique, l'acheteur doit déterminer avec précision la nature et l'étendue de ses besoins avant toute consultation, en intégrant les objectifs de développement durable. Pour les marchés soumis aux seuils européens, l'efficacité et la sobriété énergétiques doivent également être prises en compte dès cette phase, depuis l'ordonnance du 14 octobre 2025.
Faut-il intégrer des exigences environnementales dès la définition du besoin ?
Oui, et c'est d'autant plus important depuis les évolutions de 2026. À compter du 21 août 2026, tous les marchés publics devront intégrer au moins une clause d'exécution environnementale et un critère d'attribution environnemental. Ces exigences doivent être anticipées dès la définition du besoin pour assurer leur cohérence avec l'objet du marché — une intégration tardive en cours de procédure est souvent source d'incohérences.
Qu'est-ce que le sourcing et quand faut-il le réaliser ?
Le sourcing est une consultation du marché en amont de la procédure, autorisée par l'article R2111-1 du Code de la commande publique. Il permet de mieux connaître l'offre disponible, d'ajuster les exigences techniques et d'affiner l'estimation financière. Il doit être mené dans le respect des principes de liberté d'accès, d'égalité de traitement et de transparence, pour ne pas fausser la concurrence lors de la consultation.
Quels outils aident les acheteurs à structurer la définition du besoin ?
Plusieurs outils sont disponibles : la fiche d'expression des besoins pour formaliser le besoin avec le service prescripteur, les grilles d'analyse amont pour tracer les arbitrages entre les trois piliers du développement durable, et le tableau d'aide à la définition du besoin pour les achats durables publié par la DAJ. Ces outils constituent également une protection en cas de contrôle ou de contentieux.
Que faire quand le besoin est difficile à définir précisément ?
Plusieurs mécanismes permettent de gérer l'incertitude : les accords-cadres pour des besoins récurrents aux volumes variables, les prestations supplémentaires éventuelles (PSE) pour des options à activer selon les besoins, les variantes pour laisser aux candidats une marge de proposition, et l'allotissement pour décomposer un besoin complexe en lots autonomes. Ces outils doivent être anticipés dès la définition du besoin pour garantir la transparence de la procédure.
💡 Mon regard terrain
La définition du besoin est l'étape que je considère comme la plus structurante — et la plus sous-estimée. Ce que je constate régulièrement : les acheteurs qui prennent le temps de bien la travailler en amont rencontrent beaucoup moins de difficultés en cours de procédure et en exécution.
Avec les nouvelles obligations environnementales et sociales applicables à compter d'août 2026, cette étape devient encore plus déterminante. Ce n'est plus seulement une bonne pratique — c'est une exigence juridique à part entière.
Julie Aguinalin — experte en marchés publics depuis 2016, issue du terrain acheteur.
Vos pratiques de définition du besoin sont-elles alignées avec les exigences 2026 ? Découvrez comment j'interviens aux côtés des acheteurs publics.
👉 Je réserve un échange gratuit🔗 Ressources utiles
- Fiche technique — Définition du besoin — Direction des Affaires Juridiques (DAJ)
- Accord-cadre à bons de commande : le guide complet — article pratique
- Obligations environnementales 2026 — loi Climat et Résilience
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